{"id":618,"date":"2014-11-13T14:54:30","date_gmt":"2014-11-13T13:54:30","guid":{"rendered":"http:\/\/www.francamente2.com\/?p=618"},"modified":"2014-11-22T15:27:26","modified_gmt":"2014-11-22T14:27:26","slug":"a-defaut-de-genie-il-faut-toujours-le-court-dauteur-par-ailleurs-les-rarissimes-genies-ont-horreur-de-linutilement-long-en-musique-en-affaires-comme-dans-la-communi","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.francamente2.com\/?p=618","title":{"rendered":"\u00c0 d\u00e9faut de g\u00e9nie, il faut toujours \u00ab le court d\u2019auteur \u00bb. Par ailleurs les rarissimes g\u00e9nies ont horreur de l\u2019inutilement long. En musique, en affaires comme dans la communication moderne."},"content":{"rendered":"<p>En marge de la soir\u00e9e musicale offerte par des amis \u00e0 mon \u00e9pouse pour son anniversaire, je voudrais traiter rapidement d\u2019un th\u00e8me insolite\u00a0: la dur\u00e9e de l\u2019\u0153uvre musicale, de son importance purement quantitative. Les deux symphonies en programme s\u2019y pr\u00eataient particuli\u00e8rement\u00a0: la cinqui\u00e8me de Beethoven et la huiti\u00e8me de Chostakovitch. D\u2019un peu plus d\u2019une demi-heure celle du g\u00e9nie in\u00e9gal\u00e9 de Bonn et, d\u2019une dur\u00e9e presque double, celle du compositeur sovi\u00e9tique m\u00eame malgr\u00e9 lui, toujours sous l\u2019\u0153il et l\u2019oreille du staliniste ministre de la \u00ab\u00a0culture communiste\u00a0\u00bb Zdanof (Andrei Jdanov). Sans vouloir entrer dans des comparaisons impossibles (<em>comparer le comparable<\/em>), ou des confrontations analytiques entre notre lumineux allemand-autrichien et le russe d\u2019occasion \u2013 composant apr\u00e8s plus d\u2019un si\u00e8cle du premier et dans une soci\u00e9t\u00e9 totalitaire \u2013, je veux parler du temps d\u2019\u00e9coute qu\u2019une \u0153uvre musicale impose contrairement \u00e0 la lecture de textes \u00e9crits. Ou m\u00eame face \u00e0 des sculptures voire des tableaux\u2026 Comment peut-on concevoir, apr\u00e8s un chef d\u2019\u0153uvre comme la cinqui\u00e8me, proposer non seulement l\u2019\u00e9coute, mais une nouvelle composition, une symphonie d\u2019une dur\u00e9e sup\u00e9rieure \u00e0 une heure\u00a0?<br \/>\nIl est bien vrai que la tendance d\u00e9j\u00e0 avec Bruckner, Mahler ou avec la s\u00e9rie des op\u00e9ras, disons <em>hollywoodiennes,<\/em> de Wagner \u00e0 Bayreuth (pas pour sa musique\u00a0!), \u00e9tait le gigantisme de sa dur\u00e9e (m\u00eame pour un seul de ses actes\u00a0!). Ce qu\u2019aujourd\u2019hui les rendent pratiquement inaudibles par la g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9 des jeunes qui n\u2019appr\u00e9cient que les ex\u00e9cutions de quelques minutes. Et interpr\u00e9t\u00e9es par des <em>bands<\/em> de quatre-cinq musiciens face \u00e0 une quantit\u00e9 d\u2019une trenti\u00e8me de fois (!) sup\u00e9rieure (de surcro\u00eet \u00e9conomiquement inaccessibles, sinon avec les subventions de l\u2019\u00c9tat). Mozart, dans son agilit\u00e9 habituelle et Beethoven lui-m\u00eame n\u2019auraient jamais os\u00e9 autant. Pour eux le crit\u00e8re artistique \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 de r\u00e9duire, all\u00e9ger, raccourcir, essentialiser\u2026 L\u2019humilit\u00e9 de l\u2019auteur de talent, dit moderne, est de cr\u00e9er des formes qu\u2019intrins\u00e8quement soient \u00e9galement respectueuses des actuelles capacit\u00e9s r\u00e9ceptives mod\u00e9r\u00e9es et d\u2019appr\u00e9ciation humaines. Et ce, en m\u00eame temps, qu\u2019elles soient confiantes dans leur force expressive et transcendante de v\u00e9rit\u00e9 (qu\u2019elles v\u00e9hiculent).<\/p>\n<p>Un tr\u00e8s grand nouvelliste italien, transf\u00e9r\u00e9 \u00e0 Paris dans les ann\u00e9es 70, Italo Calvino, avait d\u00e9j\u00e0 trait\u00e9 avec un essai intitul\u00e9 \u00ab\u00a0<em>Le\u00e7ons am\u00e9ricaines<\/em>\u00a0\u00bb le probl\u00e8me de la beaut\u00e9 d\u2019un ouvrage artistique relativement \u00e0 sa <em>rapidit\u00e9 l\u00e9g\u00e8re comme un vol d\u2019oiseau<\/em>. L\u2019auteur contemporain doit produire des \u0153uvres courtes, beaucoup plus courtes qu&rsquo;auparavant, et fuir comme la peste le pl\u00e9onastique propre au monumental, fatalement pr\u00e9somptueux et souvent m\u00eame pompier.<br \/>\nLa complexit\u00e9 dense de la vie moderne rend les capacit\u00e9s d\u2019accueil d\u2019une \u0153uvre tr\u00e8s limit\u00e9es.<br \/>\nJe mesure ici mes mots pour ne pas risquer d\u2019aplatir et rendre insignifiants mes propos, surtout que je m\u2019expose \u00e0 la critique possible, et non infond\u00e9e, selon laquelle il est inconcevable de cr\u00e9er une \u0153uvre artistique \u00e0 mesure des auditeurs, surtout si abrutis. Et, notamment, dans une forme communicative bas\u00e9e sur l\u2019\u00e9coute. Le mythe de l\u2019<em>art pour tous <\/em>n\u2019a jamais exist\u00e9.<\/p>\n<p>En effet, \u00e9couter une musique, une conf\u00e9rence, une hom\u00e9lie, une pr\u00e9sentation commerciale, signifie se mettre totalement disponible, avec tout son temps, \u00e0 l\u2019auteur ou \u00e0 son communicateur.<br \/>\nCelui-ci doit savoir constamment que, contrairement aux formes artistiques et techniques propres \u00e0 l\u2019\u00e9criture et au visuel non impos\u00e9, il courre le risque, d\u00e8s la premi\u00e8re seconde, de l\u2019abus de confiance de ses interlocuteurs. Ceux-ci lui ont accord\u00e9 du cr\u00e9dit en lui consentant toute leur disponibilit\u00e9\u00a0: dans une \u00e9poque non de p\u00e9nurie, comme dans les si\u00e8cles pr\u00e9c\u00e9dents, mais d\u2019abondance m\u00eame exc\u00e9dentaire de l\u2019offre.<br \/>\nLe temps est donc la chose la plus pr\u00e9cieuse que les auditeurs offrent au conf\u00e9rencier, \u00e0 l\u2019auteur musical. Mais, on le sait, tout cr\u00e9dit se paye avec des int\u00e9r\u00eats proportionnels. Les \u00e9glises toujours plus vides, par exemple, t\u00e9moignent aussi d\u2019un clerg\u00e9 qui a beaucoup abus\u00e9, et pour longtemps, de ses fid\u00e8les.<br \/>\nEt, certainement, pas sur le plan sexuel, comme on dit trop souvent. Cela continue, toujours. Le pape Ratzinger (Benoit XVI), en commentant les contenus et la dur\u00e9e des hom\u00e9lies logorrh\u00e9iques, faisait\u2026 l\u2019\u00e9loge de l\u2019Esprit Saint, qui permet tout de m\u00eame \u00e0 l\u2019\u00c9glise de toujours exister. Miracle\u00a0!<br \/>\nDes auteurs comme le talentueux Chostakovitch, dans leur tentative objective et, malgr\u00e9 eux, de satisfaire dans le colossal rh\u00e9torique des fonctionnaires sovi\u00e9tiques du <em>minculpop, <\/em>les stalinistes du fameux <em>minist\u00e8re de la culture populaire<\/em>, ont presque perdu toute chance de repr\u00e9senter toute la beaut\u00e9 possible de leur musique. Et ceci, surtout face aux cent variations de Beethoven sur les \u00ab\u00a0<em>Quatre notes du destin<\/em>\u00a0\u00bb de sa cinqui\u00e8me, r\u00e9alis\u00e9es, de plus, dans une dur\u00e9e pratiquement moiti\u00e9 de la huiti\u00e8me russe.<br \/>\nTout le talent possible, dans le contexte des horreurs du nihilisme actuel et du vingti\u00e8me si\u00e8cle, est d\u2019\u00e9chapper aux cha\u00eenes, m\u00eames invisibles, des censeurs \u00e9tatistes et \u00e9tatiques. Actuellement ces censeurs sont m\u00eame volontaires e libres. Et, attention, ce n\u2019est pas dit que les copieux et immanquables applaudissements finaux de l\u2019assistance ne soient pas l\u2019expression d\u2019un colossal ennui trop retenu, pendant une heure et quatre minutes, plein de dissonances\u00a0!<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En marge de la soir\u00e9e musicale offerte par des amis \u00e0 mon \u00e9pouse pour son anniversaire, je voudrais traiter rapidement d\u2019un th\u00e8me insolite\u00a0: la dur\u00e9e de l\u2019\u0153uvre musicale, de son importance purement quantitative. Les deux symphonies en programme s\u2019y pr\u00eataient particuli\u00e8rement\u00a0: la cinqui\u00e8me de Beethoven et la huiti\u00e8me de Chostakovitch. 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