{"id":113,"date":"2014-09-13T15:29:09","date_gmt":"2014-09-13T14:29:09","guid":{"rendered":"http:\/\/www.francamente2.com\/?p=113"},"modified":"2014-10-27T14:42:20","modified_gmt":"2014-10-27T13:42:20","slug":"le-minimalisme-litteraire-entre-nihilisme-et-reductionnisme-le-plus-sideral-des-silences-assourdissants-de-la-societe-du-spectacle","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.francamente2.com\/?p=113","title":{"rendered":"Le minimalisme litt\u00e9raire entre nihilisme et r\u00e9ductionnisme"},"content":{"rendered":"<h3>Le plus sid\u00e9ral des silences assourdissants de la soci\u00e9t\u00e9 du spectacle<\/h3>\n<p>Une des formes litt\u00e9raires dans lesquelles le nihilisme se reproduit dans notre temps, sans conscience et sans vergogne, est le minimalisme.<br \/>\nRaymond Carver, le nouvelliste am\u00e9ricain mort el 1988, \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9 un peu le roi du minimalisme, non seulement dans la narrative nord-am\u00e9ricaine. Mais, \u00e0 l\u2019enseigne de la m\u00e9thode catholique giussanienne (Luigi Giussani, fondateur de Communion et Lib\u00e9ration, en voie de b\u00e9atification \u00e0 Milan) o\u00f9 la pr\u00e9occupation constante de se mettre en rapport \u00ab\u00a0incarn\u00e9e\u00a0\u00bb avec la r\u00e9alit\u00e9, toute la r\u00e9alit\u00e9, donc avec le Myst\u00e8re de l\u2019invisible bien perceptible, Carver aussi arriva \u00e0 sortir de son minimalisme originaire. Ceci s\u2019est produit surtout pendant sa maladie mortelle o\u00f9 sa vie s\u2019approchait de l\u2019\u00e9ternit\u00e9 commune \u00e0 tout homme. Lui-m\u00eame put sortir de la \u00ab\u00a0chosit\u00e9\u00a0\u00bb, de la r\u00e9ification de ses descriptions objectivistes et neutralistes, comme la recherche de la totalit\u00e9 interlocutoire dans le c\u0153ur humain. M\u00eame le c\u0153ur r\u00e9ifi\u00e9 bat implacablement.<\/p>\n<p>Habituellement on a tendance \u00e0 consid\u00e9rer le nihilisme dans sa forme minimaliste litt\u00e9raire \u00e0 la mesure de la longueur des articles ou du nombre de pages des livres\u00a0: la grosse brique de plus de 500 pages \u00ab\u00a0contenant\u00a0\u00bb de soi disant tr\u00e9sors de profondeur sapientale\u00a0; et, par contre, la petite et courte nouvelle pr\u00e9sentant syst\u00e9matiquement un r\u00e9cit superficiel et nihiliste. Un jugement, donc, quantitatif, au kilo.<br \/>\nIl suffit, par contre,\u00a0de lire les nouvelles plein de sens et de destin de la divine Flannery O\u2019Connor pour se rendre compte que le nihilisme minimaliste peut s\u2019\u00e9taler \u00e9galement pour des centaines et centaines de pages. Carver lui-m\u00eame \u00e9tait arriv\u00e9 \u00e0 affirmer qu\u2019une certaine description, apparemment aseptique et factuelle des choses, pouvait toucher l\u2019homme d\u2019une mani\u00e8re on ne peut plus radicale et intime\u2026<\/p>\n<p>C\u2019est quoi alors vraiment le nihilisme minimaliste\u00a0? En synth\u00e8se c\u2019est la description de l\u2019homme r\u00e9ifi\u00e9 et de ses relations chosifi\u00e9es. En d\u2019autres termes, c\u2019est l\u2019homme co\u00efncidant avec les choses, exclusivement avec ses choses.<br \/>\nIl s\u2019agit de la narration jamais finie de l\u2019homme spirituellement orphelin, patron de lui-m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 r\u00e9it\u00e9rer sa parfaite et satisfaite autonomie aussi bien par rapport \u00e0 la tradition qu\u2019\u00e0 un possible Cr\u00e9ateur. Et ceci, malgr\u00e9 la reconnaissance d\u2019\u00eatre un jour imprevisiblement n\u00e9, et dans une autre date o\u00f9 il sera amen\u00e9 dans une caisse pour \u00eatre enterr\u00e9 d\u00e9finitivement. Le nihilisme, fatalement, am\u00e8ne toujours \u00e0 l\u2019individualisme narcissique de l\u2019ath\u00e9iste d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 et moderniste. \u00c0 la banalit\u00e9 g\u00e9n\u00e9ralement aplatie des choses, des innombrables choses, in\u00e9vitablement plus ou moins d\u00e9sir\u00e9es et poss\u00e9d\u00e9es, correspond en litt\u00e9rature la superficialit\u00e9 id\u00e9ologique qui r\u00e9duit la r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 la mesure de ce que l\u2019homme r\u00e9ifi\u00e9 est \u00e0 peine capable de comprendre et ma\u00eetriser, avec sa petitesse existentielle.<\/p>\n<p>In\u00e9vitablement, cela implique de se livrer souvent \u00e0 un relativisme pratiquement automatique\u00a0: chaque individu devient ainsi protagoniste, mais \u00e9perdu, d\u2019une vie con\u00e7ue non r\u00e9p\u00e9table (toutes les vies le sont, d\u2019ailleurs). Mais \u00e9galement incommunicables, productrice de sa propre \u00ab\u00a0v\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb extr\u00eamement r\u00e9duite. La cat\u00e9gorie de la v\u00e9rit\u00e9 n\u2019existe ainsi plus dans cette inflation infinie de petites v\u00e9rit\u00e9s subjectives, qui ne se d\u00e9finissent que comme disparition sans espoir du sens. Aussi bien sur le plan personnel qu\u2019historique. Le minimalisme r\u00e9ductif est ainsi devenu la forme litt\u00e9raire du nihilisme qui affirme, sans trop le dire, que la vie n\u2019a pas de sens ni de but. Et qu\u2019il est parfaitement inutile de les chercher. La trag\u00e9die est que cette conception d\u00e9grad\u00e9e, raccourcie et lamin\u00e9e de l\u2019existence, en deux adjectifs <em>r\u00e9duite<\/em> et <em>inad\u00e9quate<\/em>, a envahi non seulement la litt\u00e9rature, mais la totalit\u00e9 des aspects existentiels. En les banalisant. Implicitement, comme le diabolique a toujours pr\u00e9f\u00e9r\u00e9, dans le plus sid\u00e9ral des silences assourdissants. Celui du grand bruit de la soci\u00e9t\u00e9 du spectacle ou du spectacle de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le plus sid\u00e9ral des silences assourdissants de la soci\u00e9t\u00e9 du spectacle Une des formes litt\u00e9raires dans lesquelles le nihilisme se reproduit dans notre temps, sans conscience et sans vergogne, est le minimalisme. Raymond Carver, le nouvelliste am\u00e9ricain mort el 1988, \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9 un peu le roi du minimalisme, non seulement dans la narrative nord-am\u00e9ricaine. 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